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Pelerinage annuel à CHAUSEY

 

La croisière est toujours une porte ouverte sur l’inconnu, une occasion de larguer les amarres routinières et de gouter le parfum de la liberté. C’est aussi parfois l’occasion d’aventures plus ou moins drôles dont il faut se sortir sans trop de casse.

Philippe

Chaque année, Ponpon et moi effectuons une croisière « pèlerinage » à Chausey , cette ile aux nombreux cailloux dont les paysages marins se déclinant au gré des marées nous enchantent. Distante d’une vingtaine de miles de saint Briac, c’est entre quatre et neuf heures qu’il faut selon le vent et les courants pour atteindre le « Sound » ce bras de mer protégé derrière la Grande île. Une fenêtre météo de beau temps mais peu de vent, sauf un petit coup à 6 la nuit, nous en donnait l’opportunité. J’avais à cette occasion acheté un moteur neuf, un Tohatsu 3,5 sur les conseils d’Alain. Rien ne pouvait nous arriver.

Nous voilà parti sous le soleil et un petit vent d’Est au prés serré sur une mer calme. Nous laissons Cézembre à tribord et progressons doucement contre un faible courant descendant. Ici le courant est dépendant du remplissage de la baie du mont Saint Michel sur un axe : le Mont-cap Fréhel.

Le coefficient de marée est alors faible mais les volumes d’eau en mouvements toujours importants dans cette zone. Tout va bien jusqu’au moment où la faiblesse du vent nous oblige à démarrer le moteur.

Les ennuis commencent curieusement car l’engin marche bien au ralenti mais s’asphyxie dès que l’on veut mettre les gaz… On marche comme cela entre vent et moteur jusqu’à Chausey où on trouve un mouillage à l’abri au voisinage de deux autres unités d’une dizaine de mètres. Huit heures trente de traversée, il est temps d’aller en annexe casser une petite croute sur l’île. On amarre l’embarcation trois mètres au-dessus du niveau de l’eau qui monte doucement et on va arroser notre ballade au restaurant « Du fort et des iles » qui ne sert plus que des planches de charcuterie et fromage après 20h30…La beauté du paysage compense largement cette petite déception.

Chausey

22h nous retournons vers l’annexe. Nouvelle surprise : elle tire sur son amarre à la verticale avec le cul en l’air. La marée est montée plus vite et plus haut que nos estimations et il va falloir plonger à poil pour la détacher. C’est bien connu, un nœud de chaise en tension ne se détache pas ! Il n’y a plus qu’à couper le bout…

Bon on retourne au bateau qui se trouve alors à notre grande surprise collé et même accroché par le pataras à l’ancre de proue d’un bateau voisin. L’évitement différent des deux bateaux nous a fait dériver sur lui. Bon…Comme le moteur ne marche pas, que la nuit tombe et que le coup de vent commence à se faire sentir on raccourci l’amarre, on jette deux autres ancres à distance et on met des pare-battages avant d’aller se coucher. Rien à faire, on se retrouve régulièrement au contact jusqu’au moment où on décide de relever la dérive pour avoir moins de prise au courant de marée. C’est mieux et on retourne se coucher. Sauf que la marée change de sens et à trois heures du matin un choc à l’arrière nous réveille une nouvelle fois. Le bateau tape sur son voisin ! Je remonte les deux ancres et rallonge le mouillage. On s’éloigne de la zone de conflit. C’est le bazar sur le pont. On retourne au lit. La nuit aura été bien agitée.

Retour à l’hôtel pour se faire un bon petit déjeuner avant de repartir vers Saint Briac alors que le coup de vent est passé dans la nuit.

Coup d’œil à la météo qui annonçait la veille quinze nœuds de vent : ils n’en prévoient plus que 3. Pétole annoncée et le moteur ne marche toujours pas. Une légère brise résiduelle nous sort du Sound et nous pousse un peu au large. Oui mais le courant nous pousse vers le mont Saint Michel et le vent s’arrête. On mouille pour ne pas perdre trop de terrain… Encore un peu de vent, on redémarre pour une petite demi heure qui nous éloigne encore dans la mauvaise direction car cela ne permet pas d’étaler le courant. Puis à nouveau pétole. Que faire d’autre sinon retourner à Chausey à la rame et revenir en navette à touristes jusqu’à Dinard. Oui mais nous étions déjà bien loin et …à la rame ?!

Heureusement un bateau à moteur puissant passe à proximité et un gamin, voyant nos gestes très explicites alerte le conducteur qui se déroute et accepte de nous remorquer. Nous nous rendons compte en nous faisant tracter que nous étions vraiment très loin d’arriver à bon port à la rame !

remorque

Manifestement le conducteur n’était pas un vrai marin car, arrivés à l’entrée du Sound il passe à l’Est d’une balise Ouest et, s’arrêtant au dernier moment, nous envoie sur les cailloux sur notre ère. Heureusement le DC20 n’a pas de tirant d’eau et nous ne faisons que frotter la roche sans dégâts. La série continue.

Cette fois nous nous amarrons dans le Sound sur les lignes de mouillages prévues avec un bout avant et arrière car il va falloir laisser le bateau quelques jours et un nouveau coup de vent s’annonce.

L’aventure se termine sur la navette Chausey-Dinard, pas mécontents de voir la série noire se terminer…

Et le moteur alors ? Hé bien le carburateur a été démonté, nettoyé sans constater de poussière obstructive, le tout révisé et il fonctionne à nouveau. J’ai quand même pris la précaution d’acheter un entonnoir à filtre pour m’assurer que je ne vivrais plus ce genre de désagrément car il est quand même probable qu’il s’agissait d’une petite saleté dans le carburateur empêchant l’admission d’essence plus importante que le simple ralenti. Je reconnais que la demi bouteille plastique qui me servait d’entonnoir n’était peut-être pas tout à fait propre.

Si vous ne connaissez pas Chausey, quelques photos vous feront mieux comprendre pourquoi ce pèlerinage annuel est une nécessité vitale.

Chausey maison de pêcheurs

Petites maisons de pêcheurs autours desquelles les enfants s’amusent en liberté. La godille n’a pas de secret pour eux.

 

Chausey maison de pêcheurs

Le SOUND

Chausey maison de pêcheurs

Le mouillage des « Blainvillais"

Chausey maison de pêcheurs

La grande ile a l’entrée du Sound

Chausey maison de pêcheurs

La maison du peintre Marin Marie

Philippe